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L’apparition

L'arc BY CHRISTO

L’apparition

J’avais un rdv cet après midi dans un show- room très prestigieux pour la fashion-week, juste derrière les Champs.

Comme à mon habitude je m’y suis rendue en métro, sortie station Étoile.
Et là, tandis que l’escalator me sortait de terre,
je l’ai vu.
C’était irréel, je me trouvais à l’endroit même où je passe et suis passée des centaines de fois,
et j’ai eu la vision d’une chose qui ne ressemblait à rien de ce que je connais, une installation, une œuvre que je voyais pour la première fois de ma vie, et qui ne sera bientôt plus.
Comme une apparition, un mirage.
L’ambiance tout autour est extraordinaire.
Des centaines de badauds, de tous les âges et dans toutes les langues, seuls, en couple, en groupes, discutent, donnent leur avis, argumentent.
Les pour et les contre s’entremêlent et s’entrechoquent, on s’apostrophe d’un groupe à l’autre, gentiment, avec le sourire,
bien loin de l’agressivité que l’on trouve sur les réseaux sociaux.
Les élèves de l’École du Louvre et des Beaux Arts sont installés sur les bancs.
Il y a ceux qui dessinent au fusain, d’autres qui peignent, on compare les ébauches,
les professeurs et les passants encouragent.
Nous déambulons calmement autour de la mythique place, car la circulation n’est étrangement pas coupée.
Pour éviter les accidents, des barrières tout autour nous invitent à traverser aux passages cloutés.
Alors nous sommes nombreux à prendre des risques, moi la première, bondissant dès le feu rouge pour attrapper le bon angle, ou le rayon de soleil qui vient furtivement caresser cet ovni.
Chacun protège l’autre, ou le gronde.
« Ce serait quand même trop bête de mourir pour une photo mademoiselle! » m’ont dit deux jumelles septuagénaires, venues spécialement de Nantes, et sans leurs maris qui n’auraient rien compris, m’ont elles expliqué.
Les chauffeurs jouent le jeu, ralentissent, klaxonnent amicalement, en profitent eux mêmes, à l’arrêt, pour brandir vite fait leur portable.
Puis j’ai foncé à mon rdv.
Je crois que je n’ai jamais regardé une collection de haute couture avec autant de rapidité et de désinvolture, tant j’étais
impatiente de retrouver l’Arc triomphant, son fourreau blanc métal sanglé d’un immense fil rouge comme celui que je porte au poignet pour me protéger.
En ressortant, le temps et sa lumière avaient miraculeusement changé,
nous sommes passés du bleu au gris,
j’ai vu d’autres reflets, qui me racontaient d’autres histoires.
Bien au delà des «j’aime» ou «j’aime pas», tellement réducteurs,
j’ai adoré cet instant de partage populaire, au sens noble du terme.
Nous avons eu la chance de vivre l’émotion, la vision d’un artiste offerte à tous, gratuitement, en un don posthume,
juste pour la beauté du geste, de l’art et de l’univers.
Et c’est en cela que c’est magique, et que je m’en souviendrai toute ma vie.
Cette œuvre ne fera pas le tour du monde, ne sera plus jamais exposée nulle part.
Elle est là, pour nous,
unique,
et va disparaître.
Seul restera le souvenir, drappé dans la mémoire de nous tous qui l’auront vue.

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